CENTRE D'ETUDES DE L'ORIENT CONTEMPORAIN 

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مركز دراسات الشرق المعاصر
بإشراف البروفسور برهان غليون  
Contemporary Orient Studies Center
Under the supervision of Professor Burhan Ghalioun
                      

Projet scientifique  et profession de foi

                       

La recherche sociale et politique  sur le monde arabe demeure fragmentaire et soumise aux aléas de la description positive si ce n'est à un structuralisme figé, niant que les pratiques et les stratégies ne sont peut être que des outils tirant leur sens du contexte et de l'usage.La difficulté majeure vient aussi du souci de produire une analyse ayant une vision historique d'ensemble. L'adoption des modèles mathématiques, des expérimentations en sciences naturelles,  et des théories expérimentales dans les constructions conceptuelles, si elle ne tient pas compte de la spécificité du monde social, favorise la mise en place de théories abstraites et spéculatives.
Le monopole théorique  historiciste ou structuraliste  assujetti au dogmatisme scientifique, a conduit à  des récits historiques, ensemblistes  teintés d'une vision totalitaire.
Toute dogmatisation conduit à la constitution d'une chapelle: la chosification et la fétichisation de cette théorie ne pourrait se lier qu'à une praxis aliénée et aliénante. La vulgate du marxisme orthodoxe en est l'exemple le plus éclairant: toute théorie toute faite devient un acte d'hétéronomie.
 La théorie est  toujours inachevée, elle fait appel à l'individu autonome pour qu'il comprenne et rende intelligible la société afin d'agir raisonnablement dans cette dernière et sur elle. Les visions dominantes semblent ainsi confiner les sociétés arabes et musulmanes à des formes antérieures d'organisation inaltérables; elles  peuvent même apparaitre comme un pur produit de leur propre subjectivité.
La démarche positiviste avance souvent des pronostics, le mythe du concret et du contrôle prend le dessus sur le projet émancipateur. La sociologie gagne un aspect administratif, travaille à la demande et devient une expertise.  Le sociologue, le politologue et le géo-stratège deviennent des " employés de recherche" des '' techniciens" efficaces. Ils acceptent les problèmes qu'on leur pose en appliquant des méthodes  préconçues.
Par delà le simple constat de faits et de la déclaration de principes, une démarche critique et sociale doit préalablement se pencher sur les  dynamiques (internes) et les déterminants (externes) qui commandent le destin des sociétés. Cela permet de penser des avenirs multiples  pour des sociétés qui semblent pour le moment bloquées ou en crise endémique.
Les transformations que connaissent les sociétés arabes contemporaines s'inscrivent dans le même mouvement qui bouleverse le monde actuel sous le double impact de la globalisation technisée et de l'échec des politiques de développement et de modernisation. Les crises, les convulsions et les tensions dans cette partie du monde n'auraient pas de sens ou de signification sans l'histoire coloniale et le processus global de changement et de transformation qui domine le monde d'aujourd'hui.
Aussi, cela n'est pas sans évoquer les maladies du siècle (analphabétisme, despotisme, pauvreté, corruption…), ou l'impuissance croissante du citoyen et de larges couches sociales par rapport à une réalité politique et une dynamique sociale de moins en moins accessibles  à la critique. Dans une telle situation,il n'est pas facile de trouver des antidotes à la régression des individus vers des réflexes identitaires figés ou au processus de l'aliénation des élites dociles et corrompues.
Cependant, le CEOC axe son effort théorique sur le potentiel critique des sciences sociales pour en dégager les éléments qui sont à la fois une critique  théorique et une action sociale, considérant que théorie et pratique sont intimement liées.
L’analyse critique doit mettre ensemble trois paramètres : le théorique et le pratique,  le local et l’universel, l’ancien et le moderne. Ce n’est que par cette analyse que nous pouvons explorer une réalité singulière. L'histoire des peuples est constituée à partir d'un enchevêtrement d'idées et de pratiques, de relations internes et externes, de capitaux matériels et immatériels, particuliers et globaux. L'association de différentes approches permet d'établir une passerelle  entre le fait observable et l'analyse scientifique multiple et critique, ce qui ne  limite pas l'analyse à un seul décryptage.
Les sociétés modernes étant contradictoires, à la fois rationnelles et irrationnelles, de ce fait, l'explication fonctionnelle des relations peut servir à comprendre les caractères irréductibles du fonctionnement de ces sociétés, d'une communauté ou d'un groupe précis. Elle a le mérite de chercher a appréhender le mécanisme institutionnel et le comportement collectif. Cette explication fonctionnelle, si elle est vraiment opérationnelle, permet d'analyser égalementle dysfonctionnement des institutions, les sources de conflits, les causes de l'échec de la modernisation, la déstabilisation continue que subit le monde arabe. Elle a le mérite de sortir du joug des idéologies (des années 50 jusqu'aux années 90) responsables de la mascarade de modernisation et sources de l’assujettissement de sociétés entières.
Dans cette perspective, l'effort des chercheurs du centre se concentrera  sur l'étude des modes de fonctionnements des sociétés, les acteurs sociaux, les dynamiques de changement, les mutations en cours, les processus de légitimation et de production de sens.
Sans négliger les approches classiques, sociologiques, économiques, politiques et stratégiques, cette démarche tentera d'étendre le champ d'investigation  aux faits symboliques. Elle oeuvrera pour introduire plus largement à une réflexion sur les rapports qu'entretiennent dans le monde contemporain les catégories de pouvoir et celles de savoir, s'inscrivant ainsi dans l'ordre des interrogations actuelles des sciences sociales. Elle veillera à élargir l'autonomie d'une recherche sociale encore trop encline à servir les stratégies de pouvoir ou de confrontation géopolitique.
La configuration historique, la fixation du contexte et le déroulement singulier des faits sociaux déterminent la démarche explicative ou descriptive dans sa construction à l'intérieur des sociétés arabes. La recherche des références et des idéal-types s'opère dans un but comparatif avec les autres sociétés.
Dans la décomposition formelle de l'acte décrit, nous chercherons à établir une vision complémentaire entre quatre types de description:
- Celle qui recueille, recense et comptabilise .
- Celle qui annonce, énumère et enregistre.
- Celle qui détaille, décompose et démonte.
- Celle qui classe, organise et souligne.
Ce souci de saisir la totalité exprime la volonté de prendre en considération les différents facteurs internes et externes qui interagissent dans ce monde. Cette description progressive n'est rien d'autre qu'une construction lente qui saisit avec cohérence le simultané, le successif et le juxtaposé, ce qui fait rentrer le phénomène décrit à la fois localisé et daté avec l'indication événementielle de l'histoire.
La description dans ce sens présente donc deux caractères spécifiques:
- Elle va à la recherche des significations (culturelles, sociales, politiques..) dans des contextes déterminés. Elle est d'abord instrumentale dans sa conception, mais aussi organisée de façon compréhensible.
 
-Elle tente de dévoiler l'invisible ou le non avoué des actions, mais également ce qui est devant dans son devenir en termes de signification et de relation, et enfin ce qui est dedans dans on fonctionnement latent, son mécanisme.
La thèse de la validité d'analyse d'une situation historique et sociale singulière doit être prise dans les coordonnées spatio-temporelles possibles du devenir de l'universel. Notre démarche critique défend à cet égard l'association sans faille entre les analyses du social et la mise en place des méthodes précises des sciences sociales dans leur unité, les connaissances théoriques et les expériences empiriques se renforçant mutuellement. La recherche de nouvelles méthodes de constat est donc une nécessité pour mieux garder le cap sur l'universel. Dans la continuité du comment, l'analyse empirico-théorique pourrait toucher au centre de la connaissance du social.
La corrélation entre observable et interprétable renvoie à trois autres réflexions:
- La description n'est possible qu'à partir de la compréhension commune des codes linguistiques, culturels, sociaux...
- La compréhension du sens de l'action soutient l'interprétation du contenu du message de la même action.
- Aucune description n'est exhaustive.La description fondée sur l'interprétation et l'explication herméneutiques tiendra compte:
- Du contexte où intervient l'action humaine et qui détermine le cadre de la description.
- De la signification qui n'est pas dans la présentation des données brutes, mais dépend de l'interprétation d'une vision interdisciplinaire;
- De la base empirique de la description qui retrouve sa cohérence dans la pertinence interprétative.

La totalité sociale aujourd'hui n'existe pas, la rationalité et l'irrationalité augmentent en même temps dans les sociétés arabes comme dans le reste du monde: Il n ' y a pas de sujet total et surtout pas de réalité une et une seule. Toute lecture qui envisage le monde social comme totalité homogène et invariable est complètement anachronique et inapte à l'analyse des sociétés modernes.








 
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